Histoire de la LSF

La langue des signes est apparue avant les langues orales, du temps où l'appareil phonatoire de l'Homme n'était pas développé.
Dans l'Antiquité, l'intelligence était étroitement liée à la parole. Aristote pensait que quelqu'un qui ne parle pas, ne peut pas penser. Les sourds, isolés, n'ont pu enrichir leurs langues signées et ont dû se contenter d'une gestuelle simpliste. De ce fait, ne disposant pas d'une langue élaborée et ne bénéficiant pas d'éducation, ils passaient parfois pour simples d'esprit.
L'abbé de l'Epée fut, en 1760, le premier entendant connu à s'intéresser aux modes de communication des "sourds-muets". En observant un couple de jumelles sourdes communiquer entre elles par gestes il découvre l'existence d'une langue des signes. Il décide de s'appuyer sur cette langue pour instruire les enfants sourds. Il l'adapte en y ajoutant des notions grammaticales propres au français.
De plus, il regroupe les enfants sourds pour les instruire et ouvre une véritable école pour sourds qui deviendra l'Institut national des jeunes sourds, aujourd'hui Institut Saint-Jacques, à Paris.
Dans la même période, le courant "oraliste" s'amplifie. Les "oralistes" pensent que les sourds doivent apprendre à parler pour s'intégrer dans la société. Le congrès de Milan en 1880 "où l'immense majorité des participants est entendante et oraliste" décrète : "que la méthode orale pure doit être préférée". Trois raisons sont invoquées :

Cette "préférence" a eu des conséquences dramatiques pour les sourds : pendant 100 ans la langue des signes a été proscrite, méprisée et marginalisée aux seules associations de sourds. Dans les instituts de sourds, les élèves signent en cachette. La langue des signes s'est alors appauvrie.
Durant les années 1980, se produit ce que les sourds appellent le "réveil sourd".
Par ailleurs, un travail culturel est mené par Jean Gremion (écrivain, journaliste et metteur en scène) et Alfredo Corrado (un artiste sourd américain). Ils créent en 1976, l'International Visual Theatre (IVT). Dès lors, ils travaillent à la requalification de la langue des signes.
En parallèle, une réflexion est menée sur l'enseignement auprès des élèves sourds. La philosophie bilingue (LSF / Français) commence à germer dans les esprits.
Dans les années 90, les sourds et la LSF commencent à avoir une renommée dans le grand public.
En 1992, un numéro de la "La marche du siècle" est consacré aux sourds. Les français découvrent alors cette communauté et cette langue à travers les témoignages de Victor Abbou et Joël Chalude.
Puis Emmanuelle Laborit comédienne sourde, reçoit en 1993, le Molière de la révélation théâtrale pour son rôle dans Les Enfants du silence.
Pendant ces années, de nombreuses associations de sourds ouvrent leurs portes aux entendants en leurs proposant des cours de langue de signes. Ces formations, les films, le théâtre et l'engagement de plusieurs associations dans la sensibilisation pour la culture sourde, permet une meilleure reconnaissance des droits des sourds.
Dans le même temps, le métier d'interprète en LSF/français se professionnalise et est validé par un diplôme.
Progressivement les mentalités et les représentations évoluent.
Les combats menés depuis 25 ans pour la reconnaissance de la langue des signes commencent à porter leurs fruits : la Loi n°2005-102 du 11 février 2005 reconnaît la LSF comme "langue à part entière ».
En 2008, la LSF devient une option pour le Bac, comme n'importe quelle autre langue. En 2010, le CAPES de LSF est créé.
En 2012, c'est l'année du 300ème anniversaire de la naissance de l'Abbé de l'Epée. De multiples hommages lui ont été rendus par les Sourds.
Cette même année, Emmanuelle Laborit (directrice de l'IVT depuis 2003) est devenue officier de l'Ordre des Arts et des Lettres.